aftermass

Souffrir pour être beau sacrifier au culte du corps devenir une machine martyriser sa chair les étranges machines de musculation Aftermass révèlent avec une imparable sobriété ce qui est en germe dans la moindre de nos salles de gym moderne : un mélange curieux de communion, de souffrance et de beauté. Ses machines de musculation sont collectives, elles unissent et relient (étym. : religere comme religion) les adeptes d’un fitness un peu étrange. Conçues comme de petits chapelles dont les montants métalliques se rejoignent pour former voutes et ogives, les machines du Martyre Muscle Club ne se limitent pas à la musculation. Il ne s’agit pas ici de souffrir individuellement pour se muscler et être beau mais également de faire souffrir un autre que soi, martyr plus ou moins consentant et partie intégrante de la machine. On se retrouve donc bien ici sur une machine de travail au sens étymologique du terme, c’est à dire sur un instrument de torture (étym :tripalium, instrument de torture) où le corps et la douleur de l’autre produisent la résistance nécessaire à l’effort musculaire, où autrui remplace la fonte. Et où l’on devient bourreau pour « garder la forme ». Nous voici donc à un carrefour où de multiples concepts se cotoyent, se mélangent et se renforcent. Qu’est donc exactement ce Martyr Muscle Club ? Une secte urbaine vaguement religieuse à la recherche d’une transcendance culturiste ? Un club très privé de body building sado­maso ? Une métaphore du monde du travail ou de notre rapport aux machines ? La dénonciation du culte de l’apparence ? Les créations Aftermass sont signifiantes et pertinentes et leur décalage avec la réalité si ténu qu’une multitude d’interprétations est possible. Eric Blanchet